Qu'est-ce que l'héritage artistique dans l'artisanat d'art ? Réflexion sur la transmission d'un savoir-faire unique

Qu'est-ce que l'héritage artistique dans l'artisanat d'art ? Réflexion sur la transmission d'un savoir-faire unique

Filiation

Sujet sensible et délicat que celui de l'héritage et de la filiation artistique. En art comme dans la vie, c'est une histoire de rencontres, d'absences, mais aussi de trouvailles et de retrouvailles (parfois avec soi-même) qui pulsent et parfois propulsent d'un monde à l'autre.

Depuis longtemps en moi, ce désir de nommer et de raconter ceux que je regarde avec gratitude, émoi et passion.

Ma peur la plus grande dans cette entreprise quasi généalogique : le sentimentalisme, qui ne repose pas sur l'énergie de la vie mais sur son souvenir.

Simplement partager ce qui a été la passion de certains, leur vie entière le plus souvent. Ces personnes au pouvoir de partage et de liberté que nul mot ne raconte assez bien.

Ce qu'est un créateur libre à un moment de sa vie ne se raconte pas, mais se rencontre, se touche, se sent même. Cette liberté quasi bestiale de faire, pour l'autre !

Beauté de l'atelier, liberté de s'offrir à celui qui ne fait que passer. Un instant que l'on gardera parfois longtemps en soi sans le savoir, et qui nous guidera dans les sentiers obscurs que la vie nous réserve parfois.

Alors il y a Torun, cette grande dame suédoise dont on entend le nom et la beauté, venue créer, former et imprimer sa vision du mouvement sur le métal. Créatrice hors pair, elle m'est toujours apparue comme une sorte de mythe intemporel, mi-femme mi-déesse, dont seul le nom fait perler de lumière beaucoup d'yeux dans mon village.

Il y a ceux sans qui rien ne serait possible. Ceux sans qui le mouvement de l'outil serait encore un mystère, une folie. Ces hommes qui laissent la porte de leur atelier ouverte et leurs outils à disposition. Ceux qui sans faux pas savent montrer la voie que l'on ne sait pas encore sienne.

Claude et Thierry Pelletier ont été et sont encore mes guides savants et précis, qui, m'offrant leur savoir, m'ont offert un avenir.

Les soutiens, véritables étendards de liberté et de vie à dévorer qu'ont été Arlette Baron (orfèvre Biotoise) et Micha Steiger (orfèvre et performeur Berlinois), montrant que chaque voie est la bonne si elle est prise avec passion et vérité. Disant que rien ne vaut que d'essayer, et, ensuite, peut-être, de douter.

Enfin l'empreinte paternelle, celle qui impressionne parfois trop, comme l'ombre d'un arbre trop grand pour oser venir s'y abriter, bien qu'enfant je me sois toujours senti moi-même dans son atelier. L'odeur de l'atelier était celle du temps que l'on passe avec soi-même. Celle de l'histoire que l'on n'a pas besoin de raconter parce qu'on la vit !

Le temps a manqué pour que je puisse faire mon tour du monde, mon exil volontaire, mon expérience d'individu et revenir apprendre à ses côtés. Mais de toutes ces expériences je ne retiens qu'une chose : c'est toujours en se tournant vers l'autre qu'on s'approche de soi-même.

Retour au blog