Être artisan d'art à l'ère du numérique : comment concilier le temps de l'atelier et le rythme des réseaux sociaux

Être artisan d'art à l'ère du numérique : comment concilier le temps de l'atelier et le rythme des réseaux sociaux

L’atelier ou l’outil numérique

Alors que mon métier d'orfèvre n'a pas changé en plus d'une décennie d'exercice, et que les outils qui servent à produire et façonner mes créations sont les mêmes que ceux utilisés par mon père et ceux qui l'ont formé, la représentation et la présentation de mon travail au public a pour sa part radicalement changé à une vitesse phénoménale !

En 2008, aucun réseau social ne présentait mon travail. Ce dont j'avais besoin était de temps pour parler, montrer et échanger avec celles et ceux qui passaient le seuil de mon atelier. S'engageait alors une discussion sur l'esthétique, sur le confort, souvent aussi sur l'émotion engendrée par le bijou.

Je pouvais alors prendre note de la réception de mes créations sur le public, et remettre ainsi en question mon travail et mes certitudes. Orienter mes recherches de manière consciente ou pas, en fonction de l'environnement qui influait nécessairement sur ma logique et mon regard.

Aujourd'hui, grâce au monde digital, je reste en contact avec un nombre de personnes sans commune mesure, j'échange des idées et des projets à la vitesse de la lumière, mais je suis aussi tenu d'exister numériquement, et ce à un rythme et à une régularité que le travail artisanal qui est mon socle peut difficilement supporter !

Comment passer des heures à limer, étirer, tourner et polir, mais aussi à dessiner, fondre, pincer et scier si l'on doit, à la manière d'un communicant certifié, confirmer ou maintenir sa présence sur des réseaux qui avalent sans limite le contenu mais aussi le temps qu'on leur offre ?

Si le monde digital apporte des opportunités et une liberté auxquelles il me serait impossible de renoncer, ce même monde accable de contraintes et de turpitudes que l'on n'aime pas voir roder dans un atelier.

Comme en orfèvrerie, le monde numérique n'est-il pas en permanence sur le fil : à la recherche constante d'un équilibre entre force et finesse, entre connexion et solitude, entre légèreté et puissance, négociant toujours un chemin entre désir et contraintes.

Si créer et produire sont un choix et un plaisir, vendre une nécessité, se vendre est malheureusement une obligation que le monde digital nous impose.

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